Chaque 9 décembre, un même rituel républicain se déroule dans des milliers d'écoles, collèges et lycées de France : enseignants et élèves s'arrêtent un moment pour parler d'un mot qui figure pourtant dans le quotidien de chaque Français — la laïcité. Débats, expositions, lectures de textes fondateurs, projection de vidéos : cette journée nationale est l'occasion de rappeler pourquoi la France est un État laïque, et ce que cela signifie concrètement pour l'école.
Mais d'où vient cette date ? Pourquoi le 9 décembre ? Et comment expliquer simplement ce principe à des enfants ? Voici tout ce qu'il faut savoir.
Le 9 décembre : anniversaire d'une loi fondatrice
La date du 9 décembre n'est pas choisie au hasard. Elle commémore la promulgation de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État — l'un des textes législatifs les plus importants de l'histoire de France.
Cette loi, portée par le député Aristide Briand comme rapporteur à l'Assemblée nationale, met fin au régime du Concordat signé en 1801 entre Napoléon et le pape Pie VII, qui organisait les relations entre l'État français et l'Église catholique. Désormais, les deux institutions sont clairement séparées.
Deux articles fondateurs résument tout :
• Article 1 : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. »
• Article 2 : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »
En clair : chacun est libre de croire (ou de ne pas croire) ce qu'il veut, et l'État ne favorise aucune religion.
Avant 1905 : une longue histoire de la laïcité à l'école
La loi de 1905 n'est pas tombée du ciel. Elle est l'aboutissement de plusieurs décennies de construction progressive de la laïcité scolaire, amorcées dès les années 1880.
Jules Ferry et l'école laïque (1881-1882)
C'est sous l'impulsion de Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique, qu'est née l'école républicaine laïque telle que nous la connaissons. Deux lois fondatrices :
- Loi du 16 juin 1881 : l'enseignement primaire public devient gratuit
- Loi du 28 mars 1882 : l'instruction devient obligatoire (de 6 à 13 ans) et l'école devient laïque — les crucifix et les images religieuses sont retirés des salles de classe, les prêtres et religieux remplacés par des instituteurs laïques
Ces « hussards noirs de la République » — surnom donné aux instituteurs — deviennent les vecteurs des valeurs républicaines dans toute la France, face à une Église encore très présente dans les campagnes et les esprits.
La loi de 1905 : la séparation définitive
Vingt ans plus tard, après des années de tensions croissantes entre l'État républicain et l'Église catholique (notamment l'affaire Dreyfus et la rupture diplomatique avec le Vatican en 1904), la loi de 1905 tranche définitivement : l'État et les Églises sont séparés. La France devient un État neutre vis-à-vis de toutes les croyances — catholiques, protestantes, juives, ou athées.
| Date | Texte | Mesure principale |
|---|---|---|
| 1881-1882 | Lois Jules Ferry | École gratuite, obligatoire et laïque |
| 9 décembre 1905 | Loi de séparation des Églises et de l'État | Neutralité de l'État envers les religions |
| 4 octobre 1958 | Constitution de la Ve République (art. 1) | « La France est une République [...] laïque [...] » |
| 15 mars 2004 | Loi sur les signes religieux | Interdiction des signes ostensibles dans les écoles publiques |
| 9 septembre 2013 | Charte de la laïcité à l'École | Affichage obligatoire dans tous les établissements |
| 9 décembre 2014 | Circulaire ministérielle | Création de la Journée nationale de la laïcité |

La laïcité, qu'est-ce que ça veut dire à l'école ?
La laïcité, à l'école, repose sur trois piliers complémentaires :
1. La liberté de conscience
Chaque élève, chaque enseignant, chaque membre de la communauté scolaire est libre de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou non une religion. L'école ne juge pas, ne favorise aucune croyance, et n'en condamne aucune.
2. La neutralité de l'établissement
L'école publique est un espace neutre. Les enseignants et personnels sont soumis à une obligation de neutralité stricte : ils ne doivent pas manifester leurs convictions religieuses, politiques ou philosophiques dans l'exercice de leurs fonctions. Les crucifix, signes ou symboles religieux n'ont pas leur place dans les locaux.
3. L'interdiction des signes ostensibles
Depuis la loi du 15 mars 2004, les élèves ne peuvent pas porter dans les établissements scolaires publics des signes ou tenues qui manifestent ostensiblement une appartenance religieuse — que ce soit le voile islamique, la kippa, une grande croix, ou tout autre signe visible et ostentatoire. Cette règle s'applique aux élèves, mais pas aux parents accompagnateurs, pour lesquels c'est une question qui fait encore l'objet de débats.
La loi de 1905 ne s'applique pas en Alsace-Moselle (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle). Ces trois départements, qui étaient sous administration allemande lors du vote de la loi, sont restés sous le régime du Concordat de 1801. Les cours de religion sont toujours proposés dans les écoles publiques et les ministres des cultes sont rémunérés par l'État. Une exception historique qui perdure encore aujourd'hui.
La Charte de la laïcité et la Journée nationale
La Charte de la laïcité à l'École (2013)
En septembre 2013, le ministre de l'Éducation nationale Vincent Peillon crée la Charte de la laïcité à l'École — un document en 15 articles, affiché obligatoirement dans tous les établissements publics. Elle explique simplement, pour les élèves comme pour les parents, ce que signifie la laïcité dans la vie scolaire concrète. Elle est également jointe au règlement intérieur de chaque établissement.
La Journée nationale de la laïcité (depuis 2014)
C'est une circulaire du 9 décembre 2014, sous le ministère Najat Vallaud-Belkacem, qui institue officiellement la Journée nationale de la laïcité, célébrée le 9 décembre de chaque année. Depuis, chaque établissement est encouragé à organiser des activités pédagogiques ce jour-là.
Le 9 décembre 2025 a marqué le 120e anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l'État. Cette commémoration exceptionnelle a donné lieu à des appels à projets spécifiques (via l'application ADAGE du ministère de l'Éducation nationale), à des master classes avec le Conseil constitutionnel, et à de nombreux événements locaux et nationaux pour approfondir la compréhension de ce texte fondateur.

Que font les écoles le 9 décembre ?
Les établissements scolaires disposent d'une grande liberté pour organiser la journée. Voici les types d'activités les plus fréquentes, recommandées par Éduscol et les académies :
- Débats et discussions en classe : « Qu'est-ce que croire ? », « La laïcité est-elle une contrainte ou une liberté ? », « Comment vivre ensemble avec des convictions différentes ? »
- Lecture et analyse de textes : extraits de la loi de 1905, articles de la Charte de la laïcité, Constitution
- Projections de vidéos : ressources Lumni, émissions « 1 jour, 1 question » adaptées à l'âge des élèves
- Créations artistiques : fresques, affiches, pièces de théâtre, slam ou chansons sur les valeurs républicaines
- Conférences et expositions : avec des intervenants extérieurs (associations, médiateurs de la laïcité, etc.)
- Projets pluridisciplinaires : croisant histoire, philosophie, EMC, arts, littérature
Pour approfondir le sujet avec votre enfant ou dans votre classe, notre article sur la laïcité à l'école : droits et obligations des parents répond aux questions pratiques les plus fréquentes. Vous pouvez aussi consulter notre dossier sur les symboles de la République expliqués aux enfants.
Questions fréquentes
Le 9 décembre est l'anniversaire de la promulgation de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État — le texte fondateur de la laïcité française. La Journée nationale de la laïcité a été officiellement instituée par une circulaire du ministère de l'Éducation nationale le 9 décembre 2014.
La laïcité à l'école signifie trois choses : (1) liberté de conscience — chaque élève est libre de croire ou non ; (2) neutralité de l'établissement — l'école publique ne favorise aucune religion ; (3) interdiction des signes ostensibles pour les élèves — depuis la loi du 15 mars 2004, les élèves ne peuvent pas porter de signes ou tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles publiques.
Créée en septembre 2013 par le ministre Vincent Peillon, c'est un document en 15 articles qui explique simplement ce que signifie la laïcité dans le quotidien de l'école. Elle doit être affichée de façon visible dans tous les établissements publics (écoles, collèges, lycées) et est jointe au règlement intérieur de chaque établissement.
Les parents accompagnateurs en sorties scolaires ne sont pas soumis à la même obligation de neutralité que les personnels de l'Éducation nationale. Cependant, ce point fait l'objet de débats. Le Conseil d'État a rappelé que si une charte ou règlement intérieur le prévoit, certaines restrictions peuvent s'appliquer. La règle est claire pour les personnels (neutralité stricte) et les élèves (pas de signes ostensibles).
Non. L'Alsace-Moselle (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle) est exclue du champ de la loi de 1905. Ces trois départements étaient sous administration allemande lors du vote, et sont restés sous le régime du Concordat de 1801. Les cours de religion y sont toujours proposés dans les écoles publiques et les ministres des cultes sont rémunérés par l'État.
La laïcité peut se résumer ainsi pour un enfant : « À l'école, chacun peut croire en ce qu'il veut — ou ne croire en rien. L'école n'est pour personne en particulier, elle est pour tout le monde. Les maîtres et maîtresses ne parlent pas de leur religion dans la classe, pour que chaque élève se sente à sa place. On peut être catholique, musulman, juif, bouddhiste, ou athée — et tous apprendre ensemble. » C'est ce qu'on appelle la liberté de conscience.
Sources : Légifrance — Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État · Ministère de l'Éducation nationale — Charte de la laïcité · Journée du 9 décembre · Vademecum laïcité · Conseil constitutionnel — Article 1 de la Constitution (France laïque)
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