Courir longtemps sans s'épuiser en cinq minutes, c'est toute la science de la course d'endurance. En EPS, l'objectif n'est pas simplement de « faire des tours de piste » — c'est d'apprendre à gérer son allure, à lire ses sensations corporelles et à construire un projet de course adapté à ses propres capacités. C'est une compétence qui dépasse le sport : c'est apprendre à se connaître.
Pourquoi l'endurance est-elle au programme d'EPS ?
La course d'endurance fait partie du champ d'apprentissage n°1 des programmes EPS au collège : « Produire une performance optimale, mesurable à une échéance donnée ». Elle est présente dans tous les cycles du collège, mais prend une dimension particulière en cycle 4 (5e-3e), où l'élève doit passer d'une pratique subie à une pratique raisonnée et autonome.
Les objectifs sont multiples :
- Maîtriser son allure : courir régulièrement plutôt que de partir trop vite et de finir épuisé
- Comprendre son corps : lire les signaux de fatigue, de confort, d'essoufflement
- Construire un projet : choisir une stratégie de course et l'exécuter
- Développer l'autonomie : être capable de s'entraîner sans dépendre en permanence du professeur
La VMA : la boussole de l'endurance
La notion centrale de la course d'endurance en EPS est la VMA — Vitesse Maximale Aérobie. C'est la vitesse à laquelle votre consommation d'oxygène est maximale — autrement dit, la vitesse la plus haute à laquelle vous pouvez encore utiliser la filière aérobie (avec de l'oxygène) pour produire de l'énergie.
Connaître sa VMA est utile car elle sert de référence personnalisée pour calculer ses allures de travail :
| Intensité | % de la VMA | Ressenti typique | Utilisation |
|---|---|---|---|
| Endurance fondamentale | 60-70 % VMA | On peut parler normalement en courant | Footing de récupération, longues sorties |
| Allure soutenue | 75-85 % VMA | Respiration accélérée, pas de conversation possible | Course de fond (10 min à 30 min) |
| Allure de demi-fond | 85-95 % VMA | Effort intense, essoufflement marqué | Courses de 800 m à 3 000 m |
| Vitesse maximale | 100 % VMA | Effort maximal, non tenable plus de 4-6 min | Test VMA, fractionné intense |
Le test le plus utilisé en EPS est le test de Léger-Boucher (Vameval) ou le test de course navette. Un signal sonore (bip) accélère progressivement — l'élève court jusqu'à ne plus pouvoir suivre le rythme. La vitesse au dernier palier complété correspond à la VMA estimée.
Les filières énergétiques : comprendre ce qui se passe dans le corps
Pour gérer son effort, il faut comprendre que le corps dispose de plusieurs systèmes pour produire de l'énergie, utilisés selon l'intensité et la durée de l'effort :
| Filière | Durée d'effort | Avec/sans oxygène | Exemple |
|---|---|---|---|
| Anaérobie alactique | 0-10 secondes | Sans oxygène (réserves immédiates de phosphocréatine) | Départ, sprint de 50-60 m |
| Anaérobie lactique | 10 sec - 2 min | Sans oxygène, production d'acide lactique | 400 m, 800 m à fond |
| Aérobie | Au-delà de 2-3 min | Avec oxygène, combustion de glucides et lipides | Toute course d'endurance, footing |
La course d'endurance sollicite principalement la filière aérobie. Le principe est simple : tant qu'on reste dans la zone aérobie, le corps peut produire de l'énergie de façon continue, sans accumuler de fatigue acide. Dès qu'on dépasse sa VMA, on bascule dans l'anaérobie — et la fatigue s'accumule rapidement.
Quand l'effort dépasse la capacité aérobie, le corps produit de l'énergie sans oxygène (anaérobie lactique), ce qui génère de l'acide lactique. C'est lui qui provoque cette sensation de brûlure et de lourdeur dans les muscles. Gérer son allure, c'est précisément éviter d'entrer trop tôt dans cette zone.

Les repères pour gérer son allure : internes et externes
Gérer son allure, c'est utiliser deux types de repères simultanément :
Repères internes (corporels)
- La respiration : le repère le plus accessible. En endurance fondamentale, on doit pouvoir parler en courant. Si on ne peut plus prononcer une phrase complète, on est trop vite
- La fréquence cardiaque (FC) : un cardio-fréquencemètre ou une montre connectée permet de lire en temps réel si l'effort est dans la zone cible. La FC cible pour l'endurance fondamentale est souvent estimée à 220 - âge × 0,70 (70 % de la FC max estimée)
- L'échelle RPE (Rate of Perceived Exertion) : échelle de 1 à 10. L'endurance fondamentale se situe entre 4 et 6 — effort perçu comme « modéré à un peu difficile »
- Les sensations musculaires : légèreté des jambes, tension, lourdeur — autant de signaux à apprendre à interpréter
Repères externes (objectifs)
- L'allure au kilomètre : connaître son temps au km et le viser (ex : courir à 7 min/km pour une endurance fondamentale)
- La vitesse en km/h : plus facile à calculer à partir de la VMA (ex : 80 % de 12 km/h = 9,6 km/h)
- Les repères de terrain : marquer des plots à intervalle régulier et passer à chaque plot à une cadence fixe
- La montre ou le chronomètre : chronométrer des fractions de course pour vérifier la régularité de l'allure
L'erreur classique : partir trop vite
La grande erreur de la majorité des débutants en endurance est de partir trop vite. Par enthousiasme, compétition avec les autres ou mauvaise estimation de ses capacités, l'élève s'élance à une allure qu'il ne peut maintenir — et s'effondre au bout de 2-3 minutes.
Les conséquences de l'erreur de départ :
- Entrée prématurée dans la filière anaérobie lactique → accumulation rapide d'acide lactique
- Essoufflement brutal et impossibilité de récupérer en courant
- Obligation de ralentir drastiquement ou de s'arrêter
- Performance finale inférieure à ce qu'une allure régulière aurait permis
Lors d'une course d'endurance, vous devez vous sentir presque trop lent au départ. Si vous êtes confortable aux 2 premiers minutes, c'est bon signe — vous pourrez accélérer progressivement. Si vous êtes déjà essoufflé à la 3ème minute, vous êtes trop vite.
Les méthodes de travail en endurance
Le footing continu
La méthode la plus simple : courir à allure constante pendant une durée donnée (10, 15, 20 minutes ou plus). L'objectif est de maintenir la même allure du début à la fin, sans s'arrêter.
Comment progresser : augmenter progressivement la durée (semaine 1 : 10 min → semaine 3 : 15 min → semaine 6 : 20 min) en maintenant la même allure confortable.
Le fractionné (30s/30s ou 1min/1min)
Le fractionné alterne des phases d'effort intense et des phases de récupération. C'est la méthode la plus efficace pour améliorer la VMA :
- 30s/30s : 30 secondes à 100-105 % de la VMA, 30 secondes de footing léger ou de marche. Répété 8 à 12 fois
- 1 min/1 min : 1 minute à 90-95 % de la VMA, 1 minute de récupération. Répété 6 à 8 fois
L'avantage du fractionné : il permet de travailler à intensité élevée sans l'accumulation de fatigue d'une course continue à la même vitesse.
La course à allure imposée
En EPS, une méthode très utile pour apprendre la régularité est la course à allure imposée : l'élève doit courir en respectant une vitesse cible (ex : 8 km/h), vérifiée à l'aide de plots placés tous les 30 mètres et d'un signal sonore toutes les 13,5 secondes (30 m à 8 km/h). L'objectif est de passer à chaque plot au bon moment — ni trop vite, ni trop lentement.
Construire son projet de course : 3 étapes
En cycle 4, l'élève est invité à construire son propre projet de course :
- Évaluer son niveau : via un test VMA (Léger-Boucher, Vameval ou test de 6 minutes) pour connaître sa vitesse de référence
- Choisir une allure cible : en fonction de la durée ou de la distance à parcourir (ex : « Je vais courir 12 minutes à 75 % de ma VMA »)
- Exécuter et analyser : courir en respectant l'allure choisie, noter les ressentis (RPE, FC, sensations) et comparer le prévu au réel pour ajuster la prochaine fois
Cette démarche place l'élève en position d'acteur de sa propre progression — et non plus simple exécutant des consignes du professeur.
Les rôles sociaux en endurance
En EPS, la course d'endurance est aussi un moment pour apprendre des rôles collectifs :
- Chronométreur : noter les temps de passage, calculer les allures
- Observateur : analyser la régularité de l'allure d'un camarade et lui donner un retour
- Juge : vérifier le respect de l'allure imposée
- Coach : guider verbalement un camarade pour l'aider à maintenir son allure
Ces rôles développent des compétences transversales précieuses : observation, communication, analyse et solidarité.

Pour compléter votre préparation en EPS, notre article sur l'échauffement en EPS vous donnera toutes les clés pour préparer votre corps avant la course. Et pour les exercices de vitesse, notre article sur les exercices de vitesse de course est le complément naturel. Pour travailler d'autres qualités physiques, les exercices de coordination sont essentiels.
Questions fréquentes
La VMA (Vitesse Maximale Aérobie) est la vitesse à laquelle la consommation d'oxygène est maximale. C'est la référence de base pour calibrer ses allures de course. En EPS, elle est mesurée par des tests comme le test de Léger-Boucher. On travaille généralement entre 60 % et 95 % de sa VMA selon l'objectif.
On utilise des repères internes (respiration : peut-on parler ? ; fréquence cardiaque ; sensations musculaires ; échelle RPE de 1 à 10) et des repères externes (allure au km, plots de terrain, montre). La règle d'or : se sentir presque trop lent au départ — il est toujours possible d'accélérer en fin de course.
Le fractionné alterne des phases d'effort intense et des phases de récupération. Exemple : 30 secondes à allure rapide (100 % VMA), suivies de 30 secondes de footing léger, répété 10 fois. C'est la méthode la plus efficace pour améliorer sa VMA et sa capacité à soutenir un effort intense.
Quand l'effort dépasse la capacité aérobie, le corps produit de l'énergie sans oxygène (filière anaérobie lactique), ce qui génère de l'acide lactique. C'est lui qui provoque la sensation de brûlure et de lourdeur. Gérer son allure, c'est rester dans la zone aérobie le plus longtemps possible.
En EPS, l'endurance (ou endurance fondamentale) correspond aux efforts longs à faible intensité (60-75 % VMA), où on peut maintenir l'effort très longtemps. La résistance correspond aux efforts courts à haute intensité (85-100 % VMA), tenus pendant quelques minutes. Les deux développent des qualités complémentaires.
Trois leviers : augmenter progressivement la durée du footing continu (10 → 20 → 30 min sur plusieurs semaines), travailler en fractionné pour améliorer la VMA, et construire un projet de course personnalisé (allure cible → exécution → analyse → ajustement).
Sources : Éduscol — Programme EPS cycle 4, champ d'apprentissage n°1 · VotreEPS — Ressources demi-fond et endurance · Académie de Toulouse — Séquences endurance EPS collège
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