Depuis la rentrée 2025, votre enfant reçoit à l'école primaire des séances d'EVAR — Éducation à la Vie Affective et Relationnelle. Ce programme, instauré par l'arrêté du 3 février 2025 et publié au Bulletin officiel du 6 février 2025, est obligatoire de la maternelle au CM2. Pourtant, beaucoup de parents en ont entendu parler sans savoir précisément ce qui est enseigné, comment, et par qui.

Cet article vous donne toutes les informations officielles pour comprendre ce programme, savoir ce que votre enfant apprend selon son âge, et connaître vos droits en tant que parent.

Qu'est-ce que l'EVAR ? Définition et cadre légal

L'EVAR (Éducation à la Vie Affective et Relationnelle) est le nom donné au programme d'éducation affective et relationnelle dispensé à l'école primaire (maternelle et élémentaire). Il se distingue de l'EVARS (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et à la Sexualité), qui s'applique au collège et au lycée et élargit les thèmes à la sexualité, la contraception et les infections sexuellement transmissibles.

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Cadre légal : L'obligation de séances d'éducation à la vie affective et relationnelle est inscrite à l'article L. 312-16 du Code de l'éducation (modifié par la loi du 4 juillet 2001). Le programme EVAR a été précisé et structuré par l'arrêté du 3 février 2025, paru au BO n° 6 du 6 février 2025. Il s'applique depuis la rentrée scolaire 2025-2026 dans tous les établissements publics et privés sous contrat.

Les 3 grandes finalités du programme EVAR

Le programme est structuré autour de trois axes fondamentaux, communs à tous les niveaux du primaire :

  1. Se connaître, vivre et grandir avec son corps : nommer son corps avec un vocabulaire précis, comprendre ses émotions, connaître les notions d'intimité et de pudeur
  2. Rencontrer les autres et construire des relations : apprendre le consentement, développer l'empathie, comprendre le respect mutuel et la notion de « non »
  3. Trouver sa place dans la société, être libre et responsable : égalité filles-garçons, prévention des violences, identification des adultes de confiance, règles de vie en commun

EVAR vs EVARS : quelle différence selon le niveau scolaire ?

Niveau Programme Thèmes abordés
Maternelle et élémentaire
(3 à 11 ans)
EVAR Émotions, corps, intimité, consentement, égalité, prévention des violences et du harcèlement
Collège
(11 à 15 ans)
EVARS Puberté, sexualité, consentement approfondi, contraception, IST, lutte contre les discriminations
Lycée
(15 à 18 ans)
EVARS Relations affectives, santé sexuelle, égalité, violences sexistes et sexuelles, numérique

À l'école primaire, la sexualité n'est pas un sujet de l'EVAR. Les séances se concentrent exclusivement sur la vie émotionnelle, relationnelle et la sécurité corporelle des enfants.

Contenus détaillés par âge et par cycle

Le programme EVAR est dit « spiralaire » : les mêmes grands thèmes sont revisités chaque année avec un niveau de complexité croissant, adapté au développement cognitif et affectif de l'enfant.

Cycle 1 — Maternelle (3 à 6 ans) : PS, MS, GS

En maternelle, les séances EVAR s'appuient sur des supports concrets et ludiques : albums de jeunesse, jeux de rôle, comptines, rituels de classe. L'objectif est avant tout de poser un vocabulaire et des repères émotionnels et corporels simples.

  • Nommer et reconnaître ses émotions : joie, tristesse, peur, colère, surprise — identifier comment elles se manifestent dans le corps (le cœur qui bat vite, le ventre noué)
  • Nommer les parties du corps avec un vocabulaire exact : y compris les organes génitaux avec leurs termes anatomiques corrects (pénis, vulve) — ce point est souvent source de questions parentales (voir FAQ ci-dessous)
  • Comprendre la notion d'intimité : les parties du corps cachées par le maillot de bain sont des parties intimes, qu'on ne montre pas et que personne ne doit toucher sans notre accord
  • La règle des quatre mains : distinction entre les « bons » et les « mauvais » contacts physiques, et droit de dire non même à un adulte
  • Respecter le refus : si un camarade dit « non », on arrête — le consentement s'apprend dès 3 ans

Cycle 2 — Élémentaire (6 à 9 ans) : CP, CE1, CE2

Les enfants du cycle 2 peuvent verbaliser davantage. Les séances intègrent des échanges, des débats adaptés et des situations concrètes à analyser collectivement.

  • Approfondissement de la gestion des émotions : identifier les déclencheurs, trouver des stratégies de régulation (respiration, parler à un adulte, prendre du recul)
  • Le consentement dans les relations : comprendre que le corps appartient à chacun, que tout contact physique doit être consenti — dans les jeux, les câlins, les jeux collectifs
  • Égalité filles-garçons : déconstruire les stéréotypes liés au genre dans les jeux, les métiers, les comportements (« les garçons ne pleurent pas », « les filles jouent à la poupée »)
  • Reconnaître et signaler une situation de violence : harcèlement entre élèves, violence physique ou psychologique — identifier les adultes de confiance à qui parler (parents, maîtresse, directeur, médecin, infirmière scolaire)
  • Vie en groupe et règles de respect : écoute, tour de parole, exclusion, intégration des différences
Matériel pédagogique EVAR : album jeunesse sur les émotions, cartes émotions illustrées et note 'Mon corps m'appartient' sur un bureau d'école
Les séances EVAR s'appuient sur des supports adaptés à l'âge : albums de jeunesse, cartes émotions, jeux de rôle. Aucun contenu explicite n'est présent à l'école primaire — le programme se concentre sur les émotions, le respect et la prévention des violences.

Cycle 3 — Élémentaire (9 à 11 ans) : CM1, CM2

En CM1 et CM2, les enfants sont en pré-adolescence. Le programme EVAR anticipe les questions que soulèvera l'EVARS au collège, tout en restant dans le cadre de l'école primaire.

  • La puberté dans le cadre de la connaissance du corps : les transformations physiques à venir sont abordées factuellement (pas de la sexualité, mais de la biologie et du corps en développement). Ce contenu s'intègre également aux cours de Sciences de la Vie (SVT)
  • Relations amicales, amoureuses et respect : comprendre la différence entre une amitié, un sentiment amoureux et une relation respectueuse — sans pression ni obligation
  • Prévention du harcèlement : comprendre les mécanismes du harcèlement scolaire, le rôle des témoins, comment réagir et signaler. Ce sujet est transversal avec le programme EMC (Enseignement Moral et Civique)
  • Le numérique et les violences en ligne : cyberviolence, images non consenties, règles de comportement sur les réseaux sociaux, signalement
  • Égalité et stéréotypes : analyse de messages médiatiques, publicités, jeux vidéo — repérer les stéréotypes de genre et les déconstruire
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Lien avec les autres matières : L'EVAR n'est pas une matière isolée. Les enseignants sont encouragés par Éduscol à l'intégrer de façon transversale dans d'autres disciplines : EMC (valeurs, règles, droits), EPS (consentement dans le contact physique, respect des règles), Sciences (corps humain, puberté en CM), Littérature (albums traitant de l'amitié, de la différence, des émotions). Les trois séances dédiées s'ajoutent à cet enseignement transversal.

Comment se déroulent les séances EVAR en pratique ?

Fréquence et organisation

La loi impose un minimum de 3 séances spécifiques par an et par niveau. Ces séances sont distinctes des moments transversaux où les thèmes peuvent être abordés dans d'autres cours. En pratique, de nombreuses écoles organisent ces séances en fin de trimestre ou les répartissent sur l'année selon le calendrier de la classe.

Qui anime les séances ?

  • En priorité : l'enseignant(e) de la classe — c'est lui/elle qui connaît les élèves et peut adapter les échanges au groupe
  • Avec l'appui possible d'intervenants agréés : infirmière scolaire, psychologue scolaire, ou associations agrées par l'Éducation nationale (comme le Planning familial pour certaines interventions collège/lycée — moins fréquent au primaire)
  • Décision collégiale : la mise en œuvre est définie en conseil des maîtres ou de cycle — les enseignants choisissent ensemble les supports et la répartition

Quels supports pédagogiques sont utilisés ?

Le ministère et Éduscol mettent à disposition des enseignants :

  • Des guides pédagogiques par niveau avec des séquences clés en main
  • Des listes d'albums de jeunesse recommandés, adaptés à chaque cycle
  • Des cartes émotions, des outils de débat (le « bâton de parole »), des fiches situations
  • Des webinaires de formation pour les enseignants (via l'IH2EF — Institut des hautes études de l'éducation et de la formation)
Réunion de parents d'élèves dans une école primaire française : une enseignante présente le programme EVAR à une salle de parents attentifs
Les établissements ont l'obligation d'informer les familles des objectifs et du contenu des séances EVAR. Cette information se fait généralement lors de la réunion de rentrée, via le carnet de liaison ou lors d'une réunion spécifique.

Ce que les parents doivent savoir : droits, information et participation

L'EVAR est-il obligatoire ? Peut-on en dispenser son enfant ?

Non — il n'est pas possible de demander la dispense de son enfant des séances EVAR. L'enseignement est obligatoire, au même titre que les mathématiques ou l'histoire-géographie. Il est inscrit dans le Code de l'éducation (article L. 312-16) et validé par le Conseil d'État, qui a confirmé sa légalité et son caractère complémentaire — et non substitutif — au rôle éducatif des parents.

Ce que dit le Conseil d'État : La haute juridiction administrative française a validé les textes EVAR/EVARS en jugeant que leur contenu est adapté à l'âge des élèves et fondé sur des faits scientifiques et les valeurs de la République. Le programme complète le rôle des parents sans s'y substituer. Il ne constitue pas une atteinte aux convictions des familles, dès lors que son contenu est strictement pédagogique et préventif.

Comment les parents sont-ils informés ?

Le ministère de l'Éducation nationale impose aux établissements d'informer les familles sur :

  • Les objectifs d'apprentissage visés dans l'année pour le niveau de leur enfant
  • Le calendrier prévisionnel des séances (ou a minima leur existence)
  • Les supports et méthodes utilisés, si les parents en font la demande

En pratique, cette information passe par :

  • La réunion de rentrée (le moment idéal pour que l'enseignant présente le programme de l'année)
  • Le carnet de liaison ou l'espace numérique de travail (ENT)
  • Un flyer ou livret mis à disposition par la direction d'école (certaines académies fournissent des documents types)

Si vous n'avez reçu aucune information sur l'EVAR dans l'école de votre enfant, vous êtes en droit de la demander à l'enseignant(e) ou au directeur/directrice. Consultez le site du ministère de l'Éducation nationale pour accéder à la FAQ officielle destinée aux parents.

Comment prolonger les apprentissages à la maison ?

Le programme EVAR est conçu pour être complémentaire à l'éducation familiale — pas pour s'y substituer. Les parents restent les premiers éducateurs de leurs enfants en matière de vie affective et relationnelle. Voici comment prolonger ces apprentissages :

  • Parler librement des émotions : si votre enfant revient de l'école en disant « on a fait une séance sur les émotions », profitez-en pour partager les vôtres aussi
  • Utiliser les albums recommandés : les listes d'ouvrages de jeunesse disponibles sur Éduscol sont accessibles à tous et peuvent être lus en famille
  • Répondre aux questions sans tabou : si votre enfant de CM1 vous demande ce qu'est la puberté après une séance EVAR, c'est une excellente occasion d'en parler en famille dans un cadre bienveillant
  • Renforcer les messages de sécurité : rappeler à votre enfant qu'il peut vous parler de tout — y compris si quelqu'un lui a fait ou dit quelque chose qui l'a mis mal à l'aise

Si votre enfant est victime ou témoin de violences à l'école, notre article sur les signalements de violence entre élèves vous explique les démarches à suivre.

Ce que l'EVAR n'est PAS : clarifications importantes

Plusieurs idées reçues circulent sur ce programme. Voici les clarifications officielles :

Ce qu'on entend dire La réalité officielle
« L'EVAR, c'est de l'éducation sexuelle à l'école primaire » ❌ Faux. L'EVAR ne traite pas de sexualité. Ce sujet est réservé à l'EVARS (collège et lycée). À l'école primaire, il s'agit exclusivement d'émotions, de respect et de prévention des violences.
« Les parents ne sont pas informés » ❌ Faux. Les établissements ont l'obligation légale d'informer les familles des objectifs. Si vous n'avez pas été informé, vous pouvez le demander.
« Mon enfant peut en être dispensé » ❌ Faux. Le programme est obligatoire (article L. 312-16 du Code de l'éducation). Aucune dispense n'est prévue par la loi.
« C'est un programme militant » ❌ Inexact. Le contenu a été validé par le Conseil d'État comme fondé sur des faits scientifiques et les valeurs républicaines (respect, égalité, prévention des violences).
« Les termes anatomiques utilisés sont inappropriés » ⚠️ Point sensible. L'utilisation des termes anatomiques exacts (pénis, vulve) est recommandée par les pédiatres et pédagogues pour prévenir les abus (un enfant qui connaît le bon mot peut le dire à un adulte en cas de problème). C'est une pratique pédagogique mondiale validée.

Questions fréquentes des parents sur l'EVAR

Mon enfant en PS/MS va-t-il vraiment parler du corps et de l'intimité à 3 ans ?

Oui — et c'est intentionnel. Nommer les parties du corps avec leur terme anatomique correct (y compris les organes génitaux) est recommandé par les pédiatres dès le plus jeune âge. Cela aide l'enfant à exprimer une douleur ou un malaise précisément, et facilite la détection précoce des violences sexuelles. Ce n'est pas de l'éducation sexuelle : c'est de la prévention corporelle, menée de façon ludique et bienveillante, avec des albums et des jeux adaptés à 3-5 ans.

Qui anime les séances dans la classe de mon enfant ? Peut-on savoir à l'avance ?

Les séances sont principalement animées par l'enseignant(e) de la classe, qui est formé(e) à cet effet. Des intervenants extérieurs agrées par l'Éducation nationale peuvent venir en appui, mais leur présence doit être validée par le conseil d'école. Vous pouvez demander à l'enseignant(e) qui animera les séances et quels supports seront utilisés — cette information relève de la transparence due aux familles.

L'EVAR est-il lié à la lutte contre le harcèlement scolaire ?

Oui — la prévention du harcèlement (dont le cyberharcèlement) est explicitement inscrite dans les objectifs EVAR dès le cycle 2. Les séances contribuent à développer l'empathie, à identifier les comportements d'exclusion et à savoir à qui s'adresser en cas de problème. Pour en savoir plus sur les procédures en cas de violence avérée, consultez notre article sur la gestion de la violence entre élèves.

Mon enfant passera au collège l'an prochain. Comment l'EVARS sera-t-il différent de ce qu'il a vécu en primaire ?

Au collège, le programme s'appelle EVARS et élargit les thèmes à la sexualité (puberté, anatomie sexuelle, contraception, IST), au consentement éclairé et à la santé sexuelle. Si votre enfant entre en 6e, notre article EVARS au collège vous donnera toutes les informations sur ce qui l'attend. La transition est progressive : en CM1-CM2, le programme EVAR prépare déjà les élèves en abordant la puberté de façon factuelle.

L'EVAR est-il appliqué dans toutes les écoles, y compris les écoles privées catholiques ?

Oui. Le programme est obligatoire dans tous les établissements publics et dans tous les établissements privés sous contrat avec l'État (ce qui inclut la grande majorité des écoles catholiques). Les établissements hors contrat ne sont pas soumis à cette obligation légale, mais peuvent choisir de l'appliquer.

Sources officielles : Ministère de l'Éducation nationale — EVAR : questions-réponses pour les parents · Éduscol — Ressources pédagogiques EVAR et EVARS · Légifrance — Article L. 312-16 du Code de l'éducation · Conseil d'État — Décision sur la conformité du programme EVAR/EVARS

Portrait de Louise

À propos de Louise

Louise est juriste spécialisée en droit de la famille et de l'éducation. Elle décrypte les réformes scolaires, explique les procédures d'affectation et défend les droits des élèves nécessitant une inclusion scolaire ou des aménagements spécifiques.