En 1808, lors de la première session du baccalauréat que Napoléon venait d'instituer par décret impérial, 31 candidats furent reçus. En 2024, ce sont 684 200 lauréats qui ont obtenu ce diplôme — soit plus de 22 000 fois plus. Entre ces deux chiffres, 216 ans d'histoire, une douzaine de grandes réformes, la création de trois voies distinctes, et un diplôme qui reste, malgré tout, le rite de passage le plus symbolique du système éducatif français.
Voici comment le baccalauréat a évolué — et pourquoi il continue de provoquer des débats passionnés.
1808 : Napoléon crée le baccalauréat
La Révolution française avait supprimé les universités d'Ancien Régime. Napoléon, soucieux de former les élites dont l'Empire avait besoin — ingénieurs, médecins, juristes, officiers — réorganise l'enseignement supérieur et crée l'Université impériale en 1806. Le décret du 17 mars 1808 institue le baccalauréat comme le premier grade universitaire, sanctionnant la fin des études secondaires et ouvrant les portes de l'enseignement supérieur.
La première session se tient quelques mois plus tard. L'épreuve est entièrement orale, dure plusieurs heures et porte sur :
- Les auteurs grecs et latins (récitation et commentaire)
- La rhétorique et la philosophie
- L'histoire et la géographie
- Les mathématiques
Les 31 premiers bacheliers sont tous des hommes, issus des élites sociales. Pendant tout le XIXe siècle, le baccalauréat reste un examen confidentiel, réservé à une infime minorité : on compte à peine quelques centaines de reçus par an jusqu'aux années 1860.
En 1861, les femmes sont officiellement autorisées à passer le baccalauréat. Julie-Victoire Daubié (1824-1874) est la première à le décrocher, à Lyon, la même année — après avoir dû batailler contre des jurys réticents à admettre une femme dans leurs rangs. Elle avait 37 ans. Le droit d'accès des femmes à l'université et aux professions réglementées s'ensuivra progressivement.
XIXe siècle – début XXe : du classique au moderne
Tout au long du XIXe siècle, le baccalauréat se structure et se diversifie progressivement :
- 1830 : introduction progressive des épreuves écrites aux côtés des épreuves orales
- 1840 : création d'une filière scientifique (avant, le bac était uniquement littéraire et classique)
- 1902 : réforme majeure — création de deux séries : « classique » (latin-grec) et « moderne » (sciences + langues vivantes). Les langues vivantes entrent officiellement dans l'examen
À la veille de la Première Guerre mondiale, environ 5 000 candidats passent le bac chaque année — dans un pays de 40 millions d'habitants. Le baccalauréat reste un marqueur de classe sociale fort.
1968 : la naissance des trois voies et la démocratisation
La grande explosion du baccalauréat intervient dans la deuxième moitié du XXe siècle, portée par la démocratisation de l'enseignement secondaire.
En 1968, une réforme restructure le bac général en séries :
- A (philosophie-lettres)
- B (économique et social)
- C (mathématiques-sciences physiques)
- D (mathématiques-sciences naturelles)
- E (mathématiques-technique)
La même année est créé le baccalauréat technologique, pour reconnaître les formations techniques longues des lycées technologiques.
En 1985, sous le ministre Jean-Pierre Chevènement, est créé le baccalauréat professionnel — le troisième pilier du système. Son objectif affiché : amener 80 % d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat. C'est un tournant historique : pour la première fois, le bac n'est plus pensé comme un filtre élitiste mais comme un objectif national de masse.

1993-1995 : L, ES, S — les séries que tout le monde a connues
En 1993, les séries A, B, C, D et E sont refondues. Les séries C, D et E fusionnent pour donner la série S (Scientifique). Le bac général prend sa forme familière : trois séries stables pendant près de 30 ans :
- L — Littéraire : littérature, philosophie, langues, arts
- ES — Économique et Social : économie, sociologie, sciences politiques
- S — Scientifique : mathématiques, sciences physiques, sciences de la vie
Cette organisation durera jusqu'en 2021 — et marquera durablement l'imaginaire collectif, avec la hiérarchie implicite S > ES > L que les réformateurs tenteront de combattre.
2021 : la réforme Blanquer — la fin des séries
La réforme la plus profonde depuis 1968 entre en vigueur pour la première génération de lycéens en 2021. Portée par le ministre Jean-Michel Blanquer, elle supprime les séries L, ES et S au profit d'un système de spécialités à la carte.
La structure du bac après la réforme
La note finale du baccalauréat général et technologique repose désormais sur deux blocs :
| Bloc | Poids | Contenu |
|---|---|---|
| Contrôle continu | 40 % | Moyenne des bulletins scolaires (1re et Terminale) pour toutes les matières ne faisant pas l'objet d'une épreuve terminale |
| Épreuves terminales | 60 % | Français (1re), philosophie, 2 épreuves de spécialité et le Grand Oral |
Le Grand Oral : l'épreuve phare de la réforme
Le Grand Oral est la nouveauté la plus symbolique de la réforme Blanquer. D'une durée de 20 minutes, il consiste en :
- 5 minutes de présentation par le candidat d'une question préparée depuis la Première, en lien avec ses spécialités
- 10 minutes d'échange avec le jury sur cette question
- 5 minutes d'échange sur le projet d'orientation post-bac
Il est coefficient 10 pour la voie générale (sur 100 points totaux). Son objectif : valoriser la capacité à communiquer, à argumenter et à se projeter — des compétences que les épreuves écrites seules ne permettaient pas d'évaluer.
La réforme Blanquer prévoyait initialement des « épreuves communes » (E3C) organisées au niveau national en Première et Terminale pour objectiver le contrôle continu. Très critiquées (organisation complexe, biais selon les établissements), elles ont été abandonnées. Le contrôle continu est désormais « intégral » : il correspond simplement à la moyenne des bulletins scolaires pour les matières sans épreuve terminale.

Les chiffres du bac en 2024
Selon les données publiées par le ministère de l'Éducation nationale et la DEPP (Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance) pour la session 2024 :
| Indicateur | Résultat 2024 |
|---|---|
| Taux de réussite global (après rattrapage) | 91,4 % |
| Voie générale | 96,1 % (+0,4 pt vs 2023) |
| Voie technologique | 90,3 % (+0,5 pt vs 2023) |
| Voie professionnelle | 83,4 % (+0,6 pt vs 2023) |
| Nombre de lauréats | 684 200 |
| Part des lauréats avec mention | plus de 58 % |
Chronologie complète : 1808 – 2024
| Année | Événement |
|---|---|
| 1808 | Décret impérial du 17 mars : Napoléon crée le baccalauréat. 31 reçus à la 1re session (épreuve uniquement orale) |
| 1830 | Introduction progressive des épreuves écrites |
| 1861 | Les femmes sont autorisées à passer le bac. Julie-Victoire Daubié : première bachelière |
| 1902 | Réforme : séries classique et moderne ; langues vivantes intégrées |
| 1959 | Réforme Berthoin : scolarité obligatoire à 16 ans — renforce l'accès au bac |
| 1968 | Bac général restructuré (séries A à E) + création du bac technologique |
| 1985 | Création du bac professionnel (Jean-Pierre Chevènement) ; objectif 80 % d'une classe d'âge |
| 1993 | Refonte séries générales : L, ES, S remplacent A, B, C, D, E |
| 2021 | Réforme Blanquer : fin des séries, spécialités à la carte, Grand Oral, contrôle continu 40 % |
| 2022 | Suppression des épreuves communes (E3C) ; contrôle continu = moyenne des bulletins |
| 2024 | 91,4 % de réussite globale ; 684 200 lauréats ; 58 % avec mention |
Questions fréquentes
Le baccalauréat a été créé par le décret impérial du 17 mars 1808 sous Napoléon Bonaparte. La première session a eu lieu la même année : 31 candidats furent reçus. L'épreuve était alors entièrement orale et portait sur les humanités classiques (latin, grec, rhétorique), l'histoire, la géographie et les mathématiques.
La réforme Blanquer, effective pour la première génération en 2021, a supprimé les séries L, ES et S au profit d'un système de spécialités choisies par l'élève. Elle a introduit le Grand Oral comme épreuve phare et instauré un contrôle continu représentant 40 % de la note finale. Les épreuves terminales comptent pour 60 % (français, philosophie, 2 spécialités, Grand Oral).
Pour la session 2024, le taux de réussite global est de 91,4 % après rattrapage. Par voie : voie générale 96,1 %, voie technologique 90,3 %, voie professionnelle 83,4 %. Au total, environ 684 200 candidats ont obtenu leur diplôme, dont plus de 58 % avec une mention (source : DEPP / education.gouv.fr).
Le Grand Oral est une épreuve orale de 20 minutes introduite par la réforme Blanquer. L'élève présente pendant 5 minutes une question qu'il a préparée depuis la Première en lien avec ses spécialités, puis échange 10 minutes avec le jury sur cette question, et 5 minutes sur son projet d'orientation. Il est coefficient 10 pour la voie générale.
Les femmes ont officiellement obtenu le droit de passer le baccalauréat en 1861. La même année, Julie-Victoire Daubié (1824-1874) devient la première femme bachelière de l'histoire de France, à Lyon. Elle avait 37 ans et dut surmonter la résistance de jurys peu enclins à accueillir une candidate féminine.
Sources : Ministère de l'Éducation nationale — Résultats baccalauréat 2024 · Légifrance — Décret impérial du 17 mars 1808 · DEPP — Statistiques et résultats du baccalauréat
Par