Chaque année, le dernier dimanche d'avril, la France s'arrête pour commémorer la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation. En 2026, cette journée s'est tenue le dimanche 26 avril. Dans les établissements scolaires, cette date ne passe pas inaperçue : elle mobilise les enseignants d'histoire, les professeurs d'EMC (Enseignement Moral et Civique) et l'ensemble de la communauté éducative pour transmettre une mémoire essentielle aux jeunes générations.
Mais que commémore-t-on exactement ? Qui étaient les déportés ? Et comment l'école française traite-t-elle ce sujet en classe ? Voici le guide complet pour comprendre cette journée mémorielle et son rôle dans l'éducation de vos enfants.
Pourquoi cette journée existe-t-elle ? L'origine de la loi de 1954
La Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation a été instituée par la loi n° 54-415 du 14 avril 1954. C'est à l'initiative d'Edmond Michelet, résistant déporté au camp de Dachau et figure du mouvement Combat, que cette proposition de loi a été portée devant le Parlement. Elle fut adoptée à l'unanimité.
Pourquoi le dernier dimanche d'avril ? Deux raisons ont guidé ce choix :
- Proximité historique : Cette date coïncide avec l'anniversaire de la libération de la plupart des camps de concentration nazis par les forces alliées, au printemps 1945.
- Neutralité calendaire : En 1954, le dernier dimanche d'avril ne se confondait avec aucune autre fête nationale ou religieuse existante, permettant un recueillement spécifique et distinct.
Cette journée existe depuis plus de 70 ans. Elle a été créée parce que des survivants et des familles de disparus ont voulu qu'on n'oublie jamais ce qui s'était passé. C'est une décision collective de la France, prise à l'unanimité par tous les partis politiques de l'époque.
Qui sont les « victimes et héros de la Déportation » ?
L'intitulé même de la journée — victimes et héros — souligne la dualité de cette mémoire. Car sous le terme général de « déportés » se cachent des réalités très différentes, que les enseignants distinguent soigneusement en classe.
Les déportés de répression : résistants et opposants politiques
Ces personnes ont été déportées parce qu'elles avaient agi contre l'occupant nazi. On y trouve :
- Les résistants (membres de réseaux clandestins, maquisards, agents de renseignement alliés)
- Les opposants politiques (syndicalistes, communistes, républicains espagnols réfugiés en France)
- Les personnes ayant commis des actes de résistance civile (aide aux personnes pourchassées, refus d'obéissance, sabotage)
Dans les camps, ces prisonniers portaient un triangle rouge cousu sur leur vêtement, symbole de leur statut de « prisonnier politique ».
Les déportés de persécution : victimes du racisme nazi
Ces personnes ont été déportées non pas pour ce qu'elles avaient fait, mais pour ce qu'elles étaient selon l'idéologie raciste nazie. Cette catégorie comprend :
- Les Juifs — hommes, femmes et enfants — victimes du projet d'extermination systématique appelé la Shoah
- Les Tsiganes (Roms et Sintis), victimes d'un génocide parallèle appelé Porajmos
- D'autres groupes persécutés pour leur identité : personnes en situation de handicap, homosexuels, Témoins de Jéhovah
Les Juifs portaient dans les camps une étoile de David formée de deux triangles superposés, selon leur nationalité.
| Type de déportation | Cause principale | Objectif des nazis | Signe distinctif |
|---|---|---|---|
| Répression (politique) | Actes d'opposition, résistance | Neutraliser les opposants | Triangle rouge |
| Persécution raciale (Juifs) | Origine juive | Extermination (Shoah) | Étoile de David jaune |
| Persécution raciale (Tsiganes) | Origine tsigane | Extermination (Porajmos) | Triangle marron ou noir |
| Autre persécution | Handicap, orientation sexuelle, religion | Élimination sociale | Triangle noir, rose, violet |
Une distinction simple : certains ont été déportés pour ce qu'ils avaient fait (résister, s'opposer), d'autres pour ce qu'ils étaient (juifs, tsiganes) — sans avoir rien fait de particulier. Les deux groupes méritent le même souvenir, mais pour des raisons différentes.

Comment l'école française aborde-t-elle ce sujet en 2026 ?
L'Éducation nationale ne laisse pas cette mémoire au hasard : elle est intégrée à plusieurs niveaux des programmes officiels et s'appuie sur des dispositifs pédagogiques structurés.
Dans les programmes d'histoire-géographie
La déportation est abordée à différents niveaux selon la classe de l'élève :
- CM2 (école primaire) : Introduction à la Seconde Guerre mondiale, aux persécutions nazies et à la Résistance dans le cadre de la période « La France dans la Seconde Guerre mondiale »
- 3ème (collège) : Étude approfondie du régime nazi, de la Shoah, de la Résistance française, de la collaboration et de la déportation. C'est le niveau où ce sujet est traité le plus en détail. Ces notions entrent dans le périmètre du Diplôme National du Brevet (DNB).
- Terminale (lycée) : La mémoire de la guerre et des crimes contre l'humanité, l'évolution des commémorations en France depuis 1945, le procès de Nuremberg.
Dans l'Enseignement Moral et Civique (EMC)
L'EMC articule la mémoire de la Déportation aux valeurs républicaines fondamentales : la dignité humaine, le refus du racisme et de l'antisémitisme, le devoir de mémoire. Ces contenus rejoignent les principes de laïcité et des valeurs de la République enseignés à l'école. Les élèves sont invités à réfléchir sur leur propre engagement citoyen face à l'intolérance, dans le prolongement de ces leçons d'histoire.
Le Concours National de la Résistance et de la Déportation (CNRD)
Créé en 1961, le CNRD est le principal dispositif scolaire dédié à la transmission de cette mémoire. Il est ouvert aux élèves de 3ème et aux lycéens.
| Paramètre | Détails |
|---|---|
| Thème 2025-2026 | La fin de la Shoah et de l'univers concentrationnaire nazi. Survivre, témoigner, juger (1944-1948) |
| Thème 2026-2027 | Les étrangers dans la Résistance (1940-1945) |
| Épreuve individuelle collège | 2 heures en classe sur sujet académique |
| Épreuve individuelle lycée | 3 heures en classe sur sujet académique |
| Travail collectif | Production libre (mémoire, support numérique, exposition) sur le thème annuel |
| Inscription 2026-2027 | Jusqu'au lundi 1er février 2027 |
| Épreuve écrite 2026-2027 | Mardi 23 mars 2027 |
Chaque année, des dizaines de milliers d'élèves participent au CNRD dans toute la France. C'est l'un des plus anciens concours scolaires de la République, et le seul entièrement dédié à la mémoire de la Résistance et de la Déportation. Une brochure pédagogique est coordonnée chaque année par la Fondation de la Résistance et mise à disposition gratuitement des enseignants via Éduscol.
Les trois journées mémorielles à l'école : un calendrier à connaître
La Journée nationale du souvenir de la Déportation s'inscrit dans un triptyque mémoriel que l'Éducation nationale fait vivre tout au long de l'année scolaire :
| Date | Journée officielle | Ce qu'on commémore |
|---|---|---|
| 27 janvier | Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l'humanité | Libération d'Auschwitz (27 jan. 1945), la Shoah et les génocides du XXe siècle |
| Dernier dimanche d'avril | Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation | Tous les déportés (répression + persécution), libération des camps de concentration |
| 27 mai | Journée nationale de la Résistance | Création du Conseil National de la Résistance (27 mai 1943) |
Ces trois journées ne sont pas des jours fériés — les élèves sont en classe. C'est précisément pour cette raison que l'école joue un rôle central : elle est le seul espace où tous les enfants de France, quelle que soit leur famille, rencontrent obligatoirement cette mémoire collective.

Comment les cérémonies officielles se déroulent-elles ?
Le dernier dimanche d'avril, les commémorations ont lieu à deux niveaux :
Au niveau national
À Paris, les cérémonies officielles se tiennent notamment :
- Au Mémorial des Martyrs de la Déportation, situé à la pointe orientale de l'île de la Cité (Paris 4e), inauguré en 1962. C'est un lieu de recueillement sobre et puissant, accessible gratuitement.
- Au Mémorial de la Shoah (Paris 4e), qui propose toute l'année des expositions permanentes et des ressources pédagogiques pour les scolaires.
- Au ravivage de la flamme sous l'Arc de Triomphe.
Dans les communes et les établissements scolaires
Dans toute la France, des cérémonies locales sont organisées sous l'égide des préfectures et des mairies, souvent en présence d'associations de mémoire (FNDIRP, UNADIF-FNDIR). Des élèves sont parfois invités à lire des textes lors de ces cérémonies officielles.
Dans les établissements eux-mêmes, les équipes pédagogiques peuvent organiser :
- Une minute de silence à l'heure symbolique
- La lecture d'un texte écrit par un survivant ou un résistant (Charlotte Delbo, Primo Levi, Robert Antelme)
- La projection d'un court documentaire adapté à l'âge des élèves
- Un débat guidé : « Qu'aurais-je fait à la place de ces témoins ? »
Les académies mettent à disposition des enseignants des dossiers documentaires, des témoignages numérisés et des conseils méthodologiques. Le Mémorial de la Shoah propose aussi des formations gratuites pour les enseignants et des visites scolaires (notamment à Drancy) ainsi que des voyages d'étude à Auschwitz-Birkenau pour les lycéens.
Pourquoi ce devoir de mémoire est-il encore indispensable en 2026 ?
Alors que les derniers survivants de la Déportation disparaissent progressivement, la question de la transmission de cette mémoire devient plus cruciale que jamais. Sans témoins directs, c'est l'École qui devient le premier transmetteur.
Les raisons qui rendent cet enseignement essentiel :
- Prévenir la résurgence des haines : L'histoire de la Déportation montre comment une société démocratique peut basculer dans la barbarie par étapes progressives (discrimination, exclusion, persécution, extermination). Comprendre ces mécanismes, c'est se donner les outils pour les identifier et les refuser.
- Lutter contre le négationnisme : En France, la loi Gayssot (1990) punit la négation des crimes contre l'humanité. Mais la meilleure défense reste la connaissance historique rigoureuse, transmise dès l'école.
- Développer l'empathie et le sens civique : Comprendre ce que des êtres humains ont subi parce qu'ils étaient différents est un exercice fondamental d'humanité. C'est le socle sur lequel se construit la citoyenneté.
- Honorer les survivants et leurs descendants : Dans de nombreuses classes françaises, des élèves sont eux-mêmes descendants de déportés. Cette mémoire les concerne directement et personnellement.
Si votre enfant rentre à la maison après un cours ou une projection sur la Déportation avec des questions difficiles — ou avec une émotion forte — ne minimisez pas. C'est précisément le signe que l'enseignement a fonctionné. Accompagnez cette émotion avec des mots simples, en valorisant le courage de ceux qui ont résisté ou survécu.
Questions fréquentes sur la Journée nationale de la Déportation à l'école
La journée a lieu chaque année le dernier dimanche d'avril. En 2027, ce sera le dimanche 25 avril 2027. En 2026, elle s'est tenue le dimanche 26 avril 2026. Cette date a été fixée par la loi du 14 avril 1954.
Oui, mais de manière adaptée à leur âge. En CM2, les élèves découvrent la Seconde Guerre mondiale dans les programmes d'histoire, avec une introduction aux persécutions et à la Résistance. Les récits sont choisis pour être accessibles. La complexité historique complète est abordée dès la 3ème au collège.
Le CNRD est un concours scolaire créé en 1961, ouvert aux élèves de 3ème et de lycée. Chaque année, un thème est défini — pour 2026-2027 : « Les étrangers dans la Résistance (1940-1945) ». Les élèves participent individuellement (2h en collège, 3h en lycée) ou en groupe (travail collectif libre). Il est coordonné par la Fondation de la Résistance en partenariat avec l'Éducation nationale.
Le 27 janvier (Journée de la mémoire des génocides) est centré sur la Shoah et la libération d'Auschwitz. Le dernier dimanche d'avril commémore plus largement tous les déportés — résistants, juifs, tsiganes, politiques — et la libération de l'ensemble des camps de concentration. Les deux journées sont complémentaires.
Oui, et c'est fortement encouragé par l'Éducation nationale. En France : le Mémorial de la Shoah à Paris (et à Drancy), le Mémorial des Martyrs de la Déportation à Paris, le Centre européen du résistant déporté au Struthof (Alsace). Pour les lycéens, des voyages d'étude à Auschwitz-Birkenau (Pologne) sont organisés avec le soutien de fondations mémorielles.
Oui. La Seconde Guerre mondiale est un sujet incontournable des programmes de 3ème et peut tomber à l'examen du Brevet National du Brevet (DNB). Les élèves doivent savoir distinguer les catégories de déportés, connaître les mécanismes de persécution nazie et le rôle de la Résistance française. La déportation est aussi abordée en EMC sous l'angle des droits de l'homme.
Sources : Légifrance — Loi n° 54-415 du 14 avril 1954 instituant la journée nationale du souvenir de la Déportation · Ministère de l'Éducation nationale — Journées mémorielles et ressources pédagogiques · Fondation de la Résistance — Concours National de la Résistance et de la Déportation
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