Pourquoi passer par la MDPH pour la scolarité de son enfant ?
Lorsqu'un enfant présente un handicap ou des troubles importants qui affectent sa capacité à suivre une scolarité ordinaire, la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) est la porte d'entrée incontournable pour obtenir des droits et des compensations scolaires reconnus officiellement. Sans cette reconnaissance, les demandes d'accompagnement restent soumises à la bonne volonté des établissements — elles ne sont pas juridiquement opposables.
Ce que la MDPH peut accorder dans le cadre scolaire est très large : un Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap (AESH), un matériel pédagogique adapté, une orientation vers un dispositif spécialisé (ULIS, SEGPA, IME, SESSAD…), des aménagements aux examens, ou encore l'Allocation d'Éducation de l'Enfant Handicapé (AEEH). Tout cela passe par un dossier MDPH, une décision de la CDAPH et un Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS).
À qui s'adresse la MDPH dans le contexte scolaire ?
Contrairement à une idée reçue, la MDPH n'est pas réservée aux handicaps visibles ou sévères. Elle est compétente pour tout enfant dont les besoins éducatifs particuliers sont substantiels et durables, quelle que soit la nature du trouble :
- Troubles du neurodéveloppement : autisme (TSA), TDAH, troubles DYS sévères (dyslexie, dysphasie, dyspraxie)
- Déficience intellectuelle légère, modérée ou sévère
- Handicap moteur : paralysie cérébrale, spina bifida, maladies neuromusculaires
- Handicap sensoriel : surdité, malvoyance
- Maladies chroniques invalidantes : cancer, épilepsie sévère, diabète avec complications
- Troubles psychiatriques : psychose, troubles de l'humeur sévères
- Polyhandicap
Les troubles dits « invisibles » (DYS, TDAH, TSA sans déficience) peuvent tout à fait donner lieu à une reconnaissance MDPH dès lors qu'ils impactent significativement la scolarité et que les bilans spécialisés l'attestent. Un simple diagnostic médical ne suffit pas : il faut démontrer l'impact fonctionnel sur la vie scolaire.
Le dossier MDPH : ce qu'il faut réunir
Constituer un dossier MDPH est une démarche administrative précise. Un dossier incomplet sera retourné ou retardera la décision. Voici les pièces à rassembler :
1. Le formulaire de demande (CERFA 15692)
Ce formulaire unique, disponible sur le site de votre MDPH ou sur service-public.fr, permet de cocher l'ensemble des droits demandés simultanément : AESH, orientation scolaire, AEEH, carte mobilité inclusion, etc. Il est fortement recommandé de tout demander en une seule fois pour éviter de déposer plusieurs dossiers successifs.
2. Le certificat médical (CERFA 13788)
Ce document, rempli par un médecin (généraliste, pédiatre, spécialiste ou médecin scolaire), décrit le handicap ou les troubles, leur nature, leur sévérité et leur impact sur la vie quotidienne. Il doit dater de moins de 6 mois au moment du dépôt. Plus le certificat est précis et documenté (avec des bilans annexés), plus le dossier sera solide.
3. Les bilans spécialisés
Annexer au dossier tous les bilans disponibles renforce considérablement le dossier :
- Bilan neuropsychologique (QI, mémoire, attention, fonctions exécutives)
- Bilan orthophonique si troubles du langage ou de la lecture
- Bilan ergothérapique si troubles moteurs ou de la coordination
- Bilan psychomoteur si troubles de la motricité
- Compte-rendus de consultations en pédopsychiatrie, neurologie, pédiatrie
- Rapports des professionnels de santé qui suivent l'enfant (CMP, CAMSP, SESSAD…)
4. Le GEVA-Sco (Guide d'Évaluation des Besoins de Compensation en matière de Scolarisation)
C'est le document rempli par l'équipe scolaire (enseignants, directeur, médecin scolaire, psychologue scolaire) qui décrit les besoins spécifiques de l'enfant en contexte scolaire. Le GEVA-Sco est essentiel : il permet à la CDAPH de comprendre comment le handicap se manifeste concrètement en classe. Demandez-le à l'école dès que vous commencez à constituer votre dossier — il peut prendre plusieurs semaines à être finalisé.
5. Le projet de vie (facultatif mais recommandé)
Ce document libre, rédigé par les parents et/ou l'enfant, décrit les aspirations, les projets et les attentes de la famille concernant l'avenir scolaire et professionnel de l'enfant. Bien rédigé, il humanise le dossier et aide la CDAPH à comprendre le contexte global.

La procédure d'instruction : de la réception à la décision CDAPH
Une fois le dossier déposé à la MDPH (par courrier recommandé avec accusé de réception ou en remise directe au guichet), voici ce qui se passe :
| Étape | Qui ? | Délai indicatif | Ce qui se passe |
|---|---|---|---|
| 1. Accusé de réception | MDPH | Sous 15 jours | La MDPH confirme la réception et signale les éventuelles pièces manquantes |
| 2. Instruction du dossier | Équipe pluridisciplinaire MDPH | 2 à 4 mois | Évaluation des besoins de compensation par des médecins, travailleurs sociaux, ergothérapeutes |
| 3. Proposition d'évaluation | MDPH + école | Pendant l'instruction | Rencontre possible avec la famille, consultation du GEVA-Sco, échanges avec l'équipe scolaire |
| 4. Décision de la CDAPH | CDAPH | 4 à 6 mois au total | La commission se réunit et prend ses décisions sur tous les droits demandés |
| 5. Notification de décision | MDPH → famille | Après la CDAPH | Envoi d'une notification précisant les droits accordés, leur durée et les voies de recours |
| 6. Mise en œuvre à l'école | IEN-ASH + établissement | Quelques semaines après notification | L'enseignant référent transmet les décisions à l'établissement ; le PPS est élaboré avec la famille |
Le délai légal de traitement est de 4 mois à compter de la réception du dossier complet. En pratique, les délais varient fortement selon les départements et la complexité du dossier. Certaines MDPH traitent les dossiers en 3 mois, d'autres prennent 6 à 8 mois.
Le Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS) : la pièce maîtresse
Une fois les droits accordés par la CDAPH, un Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS) est élaboré pour chaque enfant concerné. C'est le document de référence qui précise comment le handicap est pris en compte dans la scolarité.
Le PPS définit :
- Le type de scolarisation préconisé : classe ordinaire, ULIS, établissement spécialisé…
- Les modalités d'accompagnement : présence et quotité horaire de l'AESH, matériel adapté (ordinateur, logiciels, support imprimé agrandi…)
- Les aménagements pédagogiques à mettre en place par les enseignants
- Les aménagements aux examens : temps majoré, secrétaire, utilisation d'un ordinateur, salle séparée…
- Les objectifs pédagogiques adaptés au niveau réel de l'enfant
Le PPS est révisé lors de chaque Équipe de Suivi de Scolarisation (ESS), organisée au minimum une fois par an. Les parents y participent de plein droit et peuvent demander des modifications à tout moment via l'enseignant référent.

Les droits accordés par la CDAPH : tableau récapitulatif
| Droit accordé | Ce que c'est concrètement | Durée habituelle |
|---|---|---|
| AESH individuel | Un accompagnant dédié à votre enfant pendant les heures de classe | 1 à 3 ans, renouvelable |
| AESH mutualisé | Un accompagnant partagé entre plusieurs élèves (moins intensif) | 1 à 3 ans, renouvelable |
| Matériel pédagogique adapté | Ordinateur, logiciel adapté, manuel en format numérique, mobilier spécifique | Variable selon le matériel |
| Orientation ULIS | Scolarisation dans un dispositif inclusif spécialisé au sein d'un collège ou lycée | 1 à 5 ans selon profil |
| Aménagements aux examens | Temps majoré (+ 1/3), secrétaire, salle séparée, utilisation d'un ordinateur | Durée du cycle scolaire |
| AEEH (Allocation d'Éducation de l'Enfant Handicapé) | Aide financière versée par la CAF aux familles d'enfants handicapés | 1 à 3 ans, renouvelable |
| Orientation IME / SESSAD / ITEP | Prise en charge médico-sociale en dehors ou en complément de l'école | 1 à 5 ans selon besoin |
Si la MDPH refuse ou accorde moins que demandé : les recours
La CDAPH peut accorder partiellement vos demandes (par exemple, accorder un AESH mutualisé alors que vous demandiez un AESH individuel) ou les refuser. Dans tous les cas, la notification de décision précise les voies de recours disponibles :
Le recours amiable (RAPO)
Le Recours Administratif Préalable Obligatoire (RAPO) consiste à adresser un courrier de contestation à la CDAPH dans un délai de 2 mois à compter de la notification. Ce recours est gratuit, obligatoire avant tout recours judiciaire, et doit être motivé (expliquer pourquoi la décision ne correspond pas aux besoins réels de l'enfant, avec des pièces complémentaires si possible).
Le recours contentieux
Si le RAPO ne donne pas satisfaction, vous pouvez saisir le Tribunal Judiciaire (et non plus le Tribunal du Contentieux de l'Incapacité, supprimé depuis 2019) dans un délai de 2 mois suivant la réponse au RAPO. Un avocat n'est pas obligatoire mais peut être utile pour les cas complexes. L'aide juridictionnelle peut s'appliquer sous conditions de ressources.
Le Défenseur des droits
En cas de discrimination ou de violation des droits de l'enfant handicapé, vous pouvez saisir gratuitement le Défenseur des droits via le site defenseurdesdroits.fr. Cette démarche est indépendante des recours MDPH et peut s'y combiner.
Le rôle clé de l'enseignant référent MDPH
L'enseignant référent (aussi appelé enseignant de l'ASH — Adaptation Scolaire et Scolarisation des élèves Handicapés) est un rouage essentiel du système que beaucoup de parents ignorent. Désigné par l'Inspecteur de l'Éducation nationale, il est l'intermédiaire entre la famille, l'école et la MDPH. Il :
- Aide à constituer le dossier MDPH (notamment le GEVA-Sco)
- Transmet les décisions de la CDAPH à l'établissement scolaire
- Organise les Équipes de Suivi de Scolarisation (ESS)
- Répond aux questions des familles tout au long de l'année
- Peut être contacté directement par les parents à tout moment
Ses coordonnées figurent dans la notification MDPH. Si vous ne les avez pas, demandez-les à la direction de l'école ou à l'inspection de circonscription.
Questions fréquentes
Mon enfant a une dyslexie légère — peut-il bénéficier d'une MDPH ?
Une dyslexie légère relève en général d'un PAP (Plan d'Accompagnement Personnalisé), accordé directement par le médecin scolaire sans passer par la MDPH. La MDPH est compétente pour les troubles DYS sévères qui impactent significativement la scolarité malgré les aides ordinaires déjà mises en place. Si le PAP ne suffit plus, un dossier MDPH peut être constitué sur la base d'un bilan orthophonique attestant de la sévérité.
Peut-on déposer un dossier MDPH en cours d'année scolaire ?
Oui, à tout moment de l'année. Mais les délais de traitement (4 à 6 mois) signifient que si vous déposez en mars, les droits ne seront effectifs qu'à la rentrée suivante dans le meilleur des cas. Pour certaines situations d'urgence (enfant en grande souffrance scolaire), une procédure d'urgence peut être demandée à la MDPH — elle ne garantit pas un traitement accéléré mais signale la priorité du dossier.
L'AESH accordé par la MDPH est-il toujours mis en place à temps ?
Pas toujours. La notification d'un droit à AESH par la CDAPH n'entraîne pas mécaniquement son affectation immédiate. Les AESH sont recrutés par les services académiques qui doivent trouver un candidat disponible. Il peut exister un délai entre la notification et l'affectation effective — parfois plusieurs semaines, parfois plusieurs mois en cas de pénurie. Si aucun AESH n'est affecté après la rentrée, signalez-le à l'enseignant référent et au chef d'établissement.
La MDPH peut-elle refuser parce que l'enfant a de bons résultats scolaires ?
C'est une crainte fréquente des parents d'enfants DYS ou TSA dont les stratégies de compensation sont efficaces. La CDAPH évalue les besoins de compensation, pas les résultats. Un enfant qui obtient de bonnes notes mais au prix d'un effort considérable, d'une fatigue chronique ou d'une anxiété importante peut tout à fait bénéficier de droits MDPH. Les bilans spécialisés et un bilan du retentissement fonctionnel bien documenté sont essentiels pour défendre cette demande.
Sources : Mon Parcours Handicap — Scolarité · Loi du 11 février 2005 — Légifrance
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