Si vous avez passé le bac avant 2021, vous étiez en « série S », « ES » ou « L ». Ces trois lettres définissaient votre lycée, vos matières, vos amis — et souvent, dans l'imaginaire collectif, votre valeur. La série S était « la meilleure ». La série L « pour les nuls en maths ». La série ES, quelque part entre les deux.
En 2021, ces étiquettes ont officiellement disparu. La réforme Blanquer a remplacé les séries par un système de spécialités à la carte. Mais pourquoi cette rupture après 27 ans de stabilité ? La réforme a-t-elle tenu ses promesses ? Et qu'est-ce qui a vraiment changé pour les élèves ?
Histoire des séries : de 1965 à 1994
Le système des séries ne date pas de 1994. Ses racines remontent aux années 1960, quand le baccalauréat général a été reorganisé en filières disciplinaires :
| Série (1965) | Dominante | Renommée en 1994 |
|---|---|---|
| A | Lettres et philosophie | L (Littéraire) |
| B | Économie | ES (Éco. et Social) |
| C | Mathématiques et physique | S (Scientifique) |
| D | Mathématiques et sciences naturelles | |
| E | Mathématiques et technique | (supprimée en 1994) |
En 1994, la réforme du ministre François Bayrou simplifie et renomme le système. Les séries A, B, C, D deviennent L, ES et S. Cette architecture — claire, lisible, connue de tous — va tenir 27 ans, de 1994 à 2021.
Pendant toute cette période, la série S concentre le prestige. Elle est perçue comme la série des « bons élèves », même par ceux qui n'ont pas de vocation scientifique. Résultat absurde mais documenté : environ 40 % des bacheliers S ne s'orientaient pas vers des études scientifiques après le bac — ils avaient choisi la série S comme « billet d'entrée » vers les classes prépa, les grandes écoles de commerce ou le droit, pas par amour des mathématiques. La série S était devenue un signal de sélection sociale plus qu'une filière disciplinaire cohérente.
Pourquoi les séries ont-elles été supprimées ?
La réforme portée par le ministre Jean-Michel Blanquer (2017-2022) repose sur plusieurs constats partagés par les experts :
Les reproches faits aux anciennes séries
- Trop rigides : choisir une série en fin de seconde obligeait à renoncer définitivement à certaines matières. Un lycéen passionné de maths ET de philosophie ne pouvait pas les étudier au même niveau dans une seule série
- Trop hiérarchisées : la valorisation excessive de la série S créait une perception dégradée des séries L et ES — jugées « moins bien », alors même que leurs débouchés pouvaient être excellents
- Déconnectées de l'enseignement supérieur : les universités, les IUT et les classes prépa avaient des attentes qui ne correspondaient plus nécessairement aux profils produits par les trois séries
- Inégalitaires : le choix de la série dépendait souvent des conseils des familles et de la pression sociale — pas toujours de l'intérêt réel de l'élève
Les objectifs de la réforme Blanquer
- Permettre à chaque élève de construire un parcours personnalisé en combinant des spécialités selon ses projets
- Réduire le bachotage terminal en introduisant une part significative de contrôle continu
- Redonner de la valeur au baccalauréat comme diplôme national en valorisant la régularité

Le nouveau bac : comment ça fonctionne ?
Depuis la session 2021, le baccalauréat général repose sur trois piliers :
1. Le tronc commun
Toutes les terminales générales partagent les mêmes matières fondamentales :
- Français (épreuve anticipée en première)
- Philosophie
- Histoire-géographie
- Langues vivantes (A et B)
- Enseignement scientifique
- Éducation physique et sportive (EPS)
- Enseignement moral et civique (EMC)
2. Les enseignements de spécialité
En première, les élèves choisissent 3 spécialités dans une liste (variable selon les lycées). En terminale, ils n'en conservent que 2. Parmi les principales spécialités proposées :
- Mathématiques
- Physique-Chimie
- Sciences de la Vie et de la Terre (SVT)
- Sciences Économiques et Sociales (SES)
- Sciences de l'Ingénieur (SI)
- Numérique et Sciences Informatiques (NSI)
- Humanités, Littérature et Philosophie (HLP)
- Histoire-Géographie, Géopolitique, Sciences Politiques (HGGSP)
- Langues-Littératures-Cultures Étrangères (LLCE)
- Arts, Biologie-Écologie, EPS...
3. La nouvelle notation
La note finale du bac intègre :
- 60 % : épreuves terminales (2 spécialités, philosophie, Grand Oral)
- 40 % : contrôle continu (moyennes annuelles et épreuves ponctuelles en cours d'année)
Le Grand Oral est l'une des innovations les plus visibles de la réforme. En terminale, chaque élève prépare une question liée à ses deux spécialités et la présente à l'oral devant un jury de deux examinateurs pendant 20 minutes. L'épreuve est notée sur 20 et entre dans les 60 % d'épreuves terminales. Elle vise à développer la capacité à argumenter, à s'exprimer et à défendre une thèse — des compétences valorisées dans le supérieur.

Les critiques de la réforme : bilan 5 ans après
Cinq ans après la première session (2021), le bilan est contrasté. La réforme a tenu certaines de ses promesses — mais a aussi créé de nouveaux problèmes.
Ce qui a positivement évolué
- Les profils des lycéens sont effectivement plus divers : certains combinent maths + arts, ou SES + physique-chimie, des associations impossibles avant 2021
- La hiérarchie explicite entre les séries a disparu — même si elle persiste dans les représentations
- Le Grand Oral développe réellement des compétences d'expression orale souvent négligées
Les problèmes constatés
- Reproduction des anciens blocs : dans la pratique, les combinaisons les plus choisies reproduisent les anciennes séries. « Maths + Physique + SVT » = l'ancien S. « SES + HGGSP + HLP » = l'ancien ES. Les élèves n'ont pas fondamentalement changé leurs stratégies
- Inégalités territoriales : tous les lycées n'offrent pas toutes les spécialités. Un lycée rural de taille modeste peut ne pas proposer NSI ou LLCE arabe — créant des inégalités d'accès invisibles
- Baisse des mathématiques : après 2021, on a constaté une chute significative du nombre d'élèves choisissant les maths en terminale (les maths n'étant plus imposées dans le tronc commun). L'État a dû réagir en 2022 en ajoutant une option « mathématiques complémentaires » fortement recommandée pour les formations scientifiques du supérieur
- Complexité des emplois du temps : avec plus de 60 combinaisons de spécialités possibles, les chefs d'établissement ont du mal à construire des emplois du temps cohérents. Des heures de cours se retrouvent parfois incompatibles
- Contrôle continu et équité : la part du contrôle continu (40 %) a alimenté la crainte d'un bac à deux vitesses — selon la sévérité des établissements dans leurs notations
Les séries technologiques : toujours en vie
Un point essentiel souvent méconnu : la réforme Blanquer a supprimé les séries uniquement dans la voie générale. Les séries du bac technologique — STI2D, STMG, ST2S, STL, STD2A, etc. — ont été maintenues et continuent de fonctionner selon leur propre logique. Pour en savoir plus sur les voies technologiques et professionnelles, consultez notre article sur l'histoire du bac professionnel et notre guide du système scolaire français.
Questions fréquentes
La réforme Blanquer (2021) a supprimé les séries générales car elles étaient jugées trop rigides, trop hiérarchisées (la série S écrasait tout) et trop déconnectées de la réalité des études supérieures. Le nouveau système de spécialités vise à permettre à chaque lycéen de construire un parcours personnalisé selon ses projets.
Sous ces noms précis, les séries L, ES et S datent de la réforme Bayrou de 1994. Elles remplaçaient les anciennes séries A (lettres), B (éco) et C/D (sciences) qui existaient depuis 1965. Le système a donc duré 27 ans (1994-2021) avant d'être supprimé.
Les élèves choisissent désormais un tronc commun (mêmes matières pour tous) + 3 spécialités en première (puis 2 en terminale) dans une liste de disciplines. La note finale est composée de 60 % d'épreuves terminales (dont le Grand Oral) et 40 % de contrôle continu.
Non. La réforme Blanquer n'a supprimé les séries que dans la voie générale. Les séries du bac technologique — STI2D, STMG, ST2S, STL, etc. — sont maintenues et continuent de fonctionner normalement.
Partiellement. Si de nouvelles combinaisons existent, dans la pratique la majorité des élèves reproduisent les anciens blocs : « Maths + Physique + SVT » équivaut à l'ancien S, « SES + HGGSP + HLP » à l'ancien ES. La réforme a cependant diversifié réellement certains profils atypiques et supprimé la hiérarchie officielle entre les filières.
Sources : Ministère de l'Éducation nationale — Réforme du lycée et du baccalauréat 2021 · Assemblée nationale — Rapports sur la réforme du baccalauréat · Sénat — Rapport d'évaluation de la réforme du baccalauréat 2023
Par